Julien a appelé l'usine de fabrication des sucres de pomme de Rouen, et nous sommes ravis car le prix que l'on nous propose est beaucoup plus abordable qu'en magasin, donc nous nous en occuperons seulement en mars prochain, ne nous pressons pas trop !
Petite histoire :
LE SUCRE DE POMMES DE ROUEN
LA POMME ET LE SUCRE : UNE HISTOIRE D'AMOUR
En confiserie, les histoires de friandises débutent souvent comme des histoires d'amour. Ecoutez celle-là qui se passe au XVIe siècle.
Elle, la sage, elle était depuis des temps immémoriaux la reine de sa belle province. Née des pommiers semés par Thétis, jalouse de Vénus, dans l'ancienne campagne normande, redoutée pour ses accointances avec Satan et sa participation à certain épisode de la Genèse, aimée pour les ivresses puisées dans ses alcools, elle était... la Pomme !
Lui, l'aventurier, il venait, via Chypre ou Alexandrie, de ces îles tropicales où poussent les cannes. Encore tout bruni, rustre mais avec la séduction d'un prince oriental, il débarquait sur les quais du port de Rouen. Il était cette épice à la subtile douceur qu'on appelait "casson", "sel blanc", "candi" ou "tabarcet". Il était... le Sucre !
Ils se rencontrèrent chez l'apothicaire. En ce temps là, les apothicaires étaient aussi épiciers (ce n'est guère qu'en 1777 qu'une ordonnance royale les contraignit à s'occuper exclusivement de pharmacie), quelque peu alchimistes et presque toujours spécialistes en l'art délicat de raffiner le sucre.
L'apothicaire qui nous intéresse était espagnol. Installé pour deux ans dans la bonne ville de Rouen, chez un nommé Pierre Dubosc pour lui apprendre l'art des confitures ainsi que "l'état de sucrier et raffineur de sucre", il eut vent de l'idylle entre la belle et l'aventurier. Après avoir inculqué à ce dernier les raffinements du monde occidental (il en avait bien besoin) et métamorphosé la première en un suc concentrant toutes ses vertus, il maria les amants dans son officine.
NAISSANCE DU SUCRE DE POMMES
C'est ainsi que naquit le sucre de Pommes de Rouen. Cet enfant de l'amour connut vite un grand succès comme... médicament. Il faut croire qu'à l'époque, on ne se contentait pas de mettre du sucre autour de la pilule pour la faire avaler ! Les apothicaires, après l'avoir additionné de santal, d'aloès ou de divers autres éléments plus spécifiquement médicamenteux, le proposaient comme un cordial, pectoral, lienthérique. Ils le recommandaient même contre les mélancolies. Le sucre de pommes devint quelque chose comme le rahat lokoum des belles rouennaises !
Il connût cependant quelques aventures regrettables, dues à la relative fragilité de sa composition. Le sirop de base, fait pour une part de suc de pommes (jus concentré obtenu par la cuisson des fruits) et pour trois parts de "beau sucre clarifié à la nappe" avait beau être cuit avec tout le soin que pouvaient lui apporter les maîtres-confiseurs, les bâtonnets (ou cartouches) avaient beau être enrobés d'une croûte de sucre protecteur, la friandise finissait par ramollir et redevenir sirop. Pour éviter ces désastres, on alla même jusqu'à faire du sucre de pommes... sans pommes ! Cela ne l'empècha pas de séduire l'Impératrice Marie-Louise, en 1813, lorsqu'on le lui présenta, quand elle vint à Rouen.
Aujourd'hui, le sucre de pommes de Rouen, comme tous les autres enfants de la famille du sucre (cet incorrigible séducteur), bénéficie des progrès techniques. C'est désormais un bonbon de sucre cuit (au grand cassé), parfumé à l'essence naturelle de pomme, coulé en bâtons transparents, et d'une inaltérable stabilité.
