Les mots ne me viennent pas facilement, surtout à l’aube d’une nouvelle vie que Virginie et moi allons partager et qui m’attend au tournant d’un petit mois.
Depuis quelques semaines, mon beau costume d’Arlequin gît dans la chambre à coucher, au dessus d’un monticule de désordres... Entre les rêves d’une princesse apeurée et les déboires d’un poète sans succès, je l’ai hâtivement choisi, comme pour échapper à la tornade des évènements qui se préparent. Il est cette ombre de vieux marié, dans laquelle mon corps fatigué va bientôt s’affubler. Chaque soir, sous l’œil austère de ce morceau de tissus, je contemple mon devenir d’homme et maintenant, les larmes me viennent facilement, en réalisant l’autre monde qui s’ouvrira à moi.
Rattachés au wagon des petits tracas quotidiens, les préparatifs vont bon train.
Lorgnant les heures restantes, Virginie s’affole ; la décoration sobre de la salle se dessine lentement dans nos têtes, les détails l’étirent vers des longueurs, ceux des bals paré-masqués de la Polina ou du Soleil Levant, à Cayenne, son corps transpire et son souffle se ralentit, sous les coups marqués d’une mazurka endiablée. Le carnaval Guyanais l’emporte tranquillement sur une autre rive. Quand la machine à tracas s’arrêtera-t-elle donc ? La boîte à musique est pourtant en place dans le meilleur des mondes.
