Le texte de Bruno est très beau, mais je le trouve aussi très triste ! A l’aube de ce moment crucial de notre vie et de cet évènement festif que nous préparons depuis maintenant plusieurs mois, cela mérite quelques explications…
Parlons tout d’abord du « Carnaval Guyanais » : une institution en Guyane ! Tous les ans, de l’Epiphanie au mercredi des cendres, c’est l’euphorie en Guyane !
Entre les bals paré-masqués des vendredis et samedis soirs et les défilés de rue du dimanche après-midi, la population guyanaise est attirée par son bain de foule aux couleurs chatoyantes ! C’EST CHAUD dans tous les sens du terme…
Depuis 1999, je participe aux bals paré-masqués : les femmes se vêtissent de la tête aux pieds, la peau ne doit pas apparaître, elles sont les reines de la nuit ! Ce sont elles qui choisissent leurs cavaliers qui ne peuvent leur refuser la danse ! Cette danse, généralement une biguine ou une mazurka est très sensuelle et le « piké » avec son mouvement « d’avancé-reculé » de bassin est sensé simuler l’acte sexuel…
L’an dernier Bruno a essayé d’adopter mon rythme : durant le carnaval, je sors tous les samedis soir chez Polina, à Cayenne (60 Km de la maison)…
Il ne regrette pas de l’avoir fait, pour sa culture, mais n’a pas franchement adhéré !
Cette année comme à mon habitude, je sors chez Polina avec deux ou trois autres Touloulous : nous prenons la route vers 22.30 pour arriver vers 23.30 et danser jusqu’à l’aube…
Bruno a choisi de reprendre ses sorties en forêt pour me laisser me reposer lorsque je rentre vers 07.00 du matin… Avoir son activité à lui, sa passion, pendant que je vis la mienne…
Vous comprenez maintenant mieux le ton employé par le futur marié, à l’aube de son engagement, alors que sa future lui échappe une nuit durant !
Samedi 26 janvier, nous sommes descendues à quatre touloulous. En milieu de chemin nous avons eu un accident : une voiture en sens inverse nous a coupé la route dans un carrefour.
Le choc était violent, les airs bags se sont déclenchés. Les touloulous à l’arrière n’étaient pas attachées : l’une s’est violemment heurtée le nez. La conductrice avait un peu de sang sur son poignet et l’acide libéré par l’air bag la brûlait. Moi-même installée à l’avant : des douleurs à la main et au genou gauches suite au choc de l’air bag. Les passagers de l’autre véhicule ne se plaignaient de rien…
Malgré le choc et la voiture HS, seule la conductrice a rebroussé chemin !
Les touloulous sont déterminées, avec une pointe d’insouciance…
Mais je savais d’ores et déjà que ce serait ma dernière sortie de l’année !
Savoir que j’aurais pu laisser Bruno seul derrière moi et que ma famille serait venue en Guyane pour mes obsèques au lieu de mon mariage, m’a fait bien réfléchir à ses futilités carnavalesques…
ALORS « OUI », LA TOULOULOU A LE BLUES !
Mais « la machine à tracas » de Bruno peut rejoindre son placard.
La « boîte à musique » peut jouer d’autres airs que biguines et mazurkas, des airs sereins, bercés d’amour et de joie…
Je rejoins Bruno sur la rive tranquille de notre quotidien... pour que le samedi soir, nous puissions à nouveau nous endormir main dans la main…
